Artiste français installé à Strasbourg, Vincent Broquaire partage son univers empreint de poésie et d’ironie à travers ses dessins et ses installations vidéo. Sous son trait de crayon, des paysages imaginaires prennent vie, se transforment, interrogent notre lien avec la nature.

Nous l’avons rencontré pour en savoir plus sur son travail et sur sa collaboration avec Heschung pour laquelle il revisite l’histoire de la marque.

Pouvez-vous vous présenter et nous en dire plus sur votre parcours ?

J’ai été diplômé de l’école supérieure des beaux-arts de Lorient en 2008 et de la HEAR Strasbourg en 2010. Je suis installé à Strasbourg depuis et je mène mon travail d’artiste qui se concentre autour du dessin. J’exploite ses possibilités pour l’étendre à des films d’animation, installations, livres, performances, et pièces murales. Les projets que je mène s’orientent aussi bien vers des commandes publiques et privées, expositions en galerie ou musées, collectives et personnelles.

 

Où puisez-vous votre inspiration ?

Dans beaucoup de sphères et domaines différents et cela est assez difficile à identifier précisément. Les influences viennent d’une multitude de directions. Le travail de certains artistes dans d’autres médiums (sculpture / photographie / installation) m’inspire beaucoup. Je puise également dans l’actualité écologique, scientifique et technologique et dans certaines situations vécues au quotidien. Tout cela s’entrecroise et vient à me donner certains idées ou intentions pour des dessins ou animations. L’architecture et la fabrication des édifices sont également un centre d’intérêt qui prend de l’importance lorsque que l’on regarde certains de mes travaux récents, la websérie Muséiformes ou mon exposition Umbra Urbe au Centre Culturel Les Champs Libres à Rennes par exemple.

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01 : Flattening 1, 2018, dessin à l’encre, 65 x 46 cm

Comment définiriez-vous votre style, votre univers ?

Je possède peut-être un style, mais ce n’est pas vraiment intentionnel. Cela correspond plus à une posture et une manière de présenter les choses. Au niveau graphique, je travaille presque toujours en noir et blanc, en utilisant l’essentiel du dessin et son expression la plus simple. Cela entre en contraste avec les sujets abordés qui sont en lien plus ou moins directs avec notre ère technologue et internet. Il y a aussi mon intérêt pour l’absurde et la volonté de jouer avec le spectateur, déjouer ses attentes, qui constitue une forme de langage, de façon de faire que l’on peut m’attribuer. Il y a un côté ambigu que je recherche souvent. Même si ces paramètres sont réguliers, j’essaie de toujours exploiter de nouveaux supports et de croiser les idées, afin d’amener de nouvelles choses. J’ai réalisé récemment une commande publique à Villeurbanne sous la forme d’un grand dessin mural sur la façade de deux immeubles, je n’avais jamais fait cela avant et c’est dans ce genre d’expériences nouvelles que je tente de me diriger.

Comment appréhendez-vous votre travail, quelle est votre démarche créative ?

C’est assez spontané et relativement simple au départ. J’ai constamment plusieurs carnets d’esquisses sur moi, où je dessine et prend des notes. Ces petites esquisses

c’est la base de tout, c’est le point de départ des projets, idées et concepts pour des dessins, installation ou animations. Il y a aussi beaucoup de story-boards. Ensuite cela m’arrive de collectionner des images trouvées sur le net ou de lire des articles autour d’un sujet qui m’intéresse. Il y a encore plusieurs étapes de réflexion et de questionnements jusqu’à réaliser le travail s’il s’agit d’un projet auto-initié. Pour une commande, le processus est presque identique, même s’il comprend d’avantage de phases d’aller-retour et de discussions avec des interlocuteurs et le commanditaire en question. Pour la réalisation cela varient énormément selon la technique et le processus choisi (dessin, animation ou série d’animations, etc.)

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02 : Refraction, 2017, installation vidéo, double projection, 10 x 5,50 m - Exposition Hyperpavilion, 57ème Biennale de Venise

La nature est très présente dans vos créations, pouvez-vous nous parler de ce lien ?

Oui elle est omniprésente. Le sujet m’intéresse et particulièrement la représentation du paysage à notre époque. Le paysage est un motif fort et universel qui permet de concentrer des questionnements autour de notre monde. Dans mon travail, la nature apparaît souvent comme factice, elle se joue constamment d’illusions et l’humain semble vouloir sans-cesse la maîtriser, la canaliser, l’imiter. Elle est à l’image de ce que l’on en fait aujourd’hui, des décors. Les scènes que je présente dans mes dessins semblent être des fictions, mais elle rejoignent souvent la réalité. Mes dessins sont là pour questionner notre rapport au paysage et à la nature, notre manière de se l’approprier, les paradoxes que cela engendre. Il n’est pas rare de passer devant une verdoyante forêt vierge imprimée dans un complexe commercial ou de rencontrer un motif floral gravé sur les pied d’un pont d’autoroute.

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03 : Building an image 1, 2018, dessin à l’encre, 65 x 46 cm
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04 : Drag and drop, 2016, dessin à l’encre, 46 x 34 cm

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet sur l’histoire d’Heschung ?

Cette collaboration s’est faite sous l’impulsion du studio Meta que je connaissais déjà, qui réalise le site internet de la marque et l’accompagnement digital.

L’idée était de raconter l’histoire de la marque avec mon univers graphique. J’ai créé un cheminement sur une ligne dessinée

avec plusieurs étapes et points-clefs correspondant aux temps forts de l’histoire de la marque. L’animation est guidée par l’utilisateur qui est matérialisé par un personnage. Celui-ci est toujours au centre de l’écran et se déplace dans le décor. Lorsqu’il se saisit d’une paire de chaussures trouvée, cela change sa perception du monde et des éléments se hissent hors du sol. L’avancée se poursuit alors dans le paysage transformé qui n’était au départ qu’un ligne simple. Il y a quelque chose que je voulais retranscrire qui rappelle un dessin interactif et infini dans lequel on se déplace mais également un jeu de plateforme où le personnage principal se saisit de trésors et récompenses tout au long de sa quête.

Que pensez-vous de la marque Heschung ? Quelles valeurs partagez-vous avec la marque ?

Je connaissais déjà la marque via quelques amis aficionados, mais je dois avouer que je ne connaissait pas du tout son histoire, que je trouve passionnante. Je ne savais pas que la marque était si ancienne et qu’elle avait perduré dans le temps. Je suis sensible à cette approche sobre en mettant en avant le savoir-faire, tout en restant très contemporain.

Si vous deviez la décrire en trois mots ?

Savoir-faire / élégant / contemporain

Quelles sont vos chaussures préférées ?

Les boots Buis ou Gousset ou les boots Tremble pour les femmes.

Découvrez l’histoire d’Heschung illustrée par Vincent Broquaire ici